Le concept de bientraitance est apparu au début des années 2000. Le gouvernement l’a renforcé en 2009 via le plan « Opération bientraitance ». Petit à petit dans les différents établissements, le mot bientraitance a pris le pas sur celui de bienveillance.

Qu’est-ce que la bientraitance et la bienveillance ?
Il semble cependant important de bien poser le cadre en définissant les mots employés. Nous utiliserons les définitions du Larousse qui se rapportent le plus aux milieux du soin et du médico-social.
Traiter : Agir, se conduire envers (qqn) de telle ou telle manière.
Veiller : Y faire grande attention, s’en occuper activement.
Les textes officiels définissent la bientraitance comme une démarche institutionnelle. Ne pourrait-on pas, en complément, distinguer la bientraitance (acte individuel du soignant) de la bienveillance (valeur morale et organisationnelle de l’institution) ?
Différence entre bienveillance et bientraitance
Bien traiter une personne est une notion différente de bien veiller sur quelqu’un, en l’occurrence un patient ou un résident. Dans le plan « Opération bientraitance », la bienveillance fait partie du concept de bientraitance. Et pourtant, il ne semble pas opportun d’inclure la bienveillance au sein de la bientraitance.
Il peut arriver dans la vie que des personnes traitent bien d’autres individus mais avec une finalité malveillante.
Il existe un film sorti en 2001 intitulé Bandits avec comme acteur principal Bruce Willis. Dans ce film, nous avons deux braqueurs de banques un peu spéciaux. Ils s’introduisent le soir chez le directeur d’une banque et y passent la nuit. Au petit matin ils vont à la banque avec le directeur juste avant l’ouverture afin de la dérober sans effraction ni violence. Pendant la nuit, ces deux malfrats traitent très bien leurs otages : le directeur, sa femme et leurs enfants. C’est même l’un des ressorts comiques du film car ils se montrent vraiment charmants. Et pourtant, peut-on dire que leur acte n’est pas empreint de malveillance ? Peut-on affirmer, aussi sympathiques soient-ils, qu’ils sont bienveillants envers leurs victimes ?
Dans un cadre professionnel, si dans un EHPAD une aide-soignante fait 12 toilettes à la chaîne sans prendre de pause et qu’elle traite bien les douze personnes mais sans leur accorder le temps nécessaire, peut-on trouver cela acceptable ? L’établissement est-il bienveillant s’il cautionne ces accompagnements dans le cas où ils seraient récurrents ?
La bienveillance, mère de la bientraitance
La bienveillance a une portée plus longue, une réflexion à long terme. De plus, bien traiter une personne s’apparente davantage à un acte individuel, donc du soignant.
En d’autres termes, la bienveillance serait l’apanage de l’établissement tandis que la bientraitance serait celui du professionnel.
Mettre toute l’attention sur le soignant ne paraît pas juste si la bienveillance qui est de la responsabilité morale de l’établissement est mise en sourdine.
En ce sens, la bienveillance devrait être considérée comme la valeur fondatrice : elle oriente et rend possible la bientraitance au quotidien. Sans elle, les gestes du soignant risquent de rester des actes isolés, déconnectés d’une véritable démarche de respect et d’humanité.